Il n'y a pas d'accueil, ni d'infirmières dans un hopital de mots. Les couloirs sont vides. Seuls nous guident les lueurs bleues des veilleuses.
Comment en reponse, un bruit très faible se fit entendre. Par deux fois. Un gemissement très doux. Il passait sous l'une des portes, telle une lettre qu'on glisse discrètement, pour ne pas déranger.
Elle était là , immobile sur son lit, la petite phrase bien connu, trop connue:
Je
T'
Aime
Trois mots maigres et pales, si pales que les sept lettres ressortaient à peine sur la blancheur des draps. Trois mots reliés chacun par un tuyau de plastique à un bocal plein de liquide.
Il me sembla qu'elle nous souriait , la petite phrase.
Il me sembla qu'elle nous parlait:
-Je suis un peu fatiguée. Il parait que j'ai trop travaillé...
-Allons allons, Je t'aime, je te connais. Depuis le temps que tu existes, tu es solide. Quelques jours et tu seras sur pied. Il la berca de tous ces mensonges que l'on raconte aux malades pendant quelques temps encore...
Je t'aime, tout le mond dit et répète "
je t'aime". Attention aux mots... à ne pas les employer à tors et à travers, les uns pour les autres. Autrement les mots s'usent. Et parfois il est trop tard pour les sauver...
Erik Orsenna